PORTEURS DE MEMOIRE. Plexiglas. 2020-2021

Cette série est née d’un voyage mémoriel effectué en février 2020, en Pologne et en République tchèque, avec des élèves de Coutances, l’association Les Sentiers de la mémoire et l’enseignant d’histoire Christian Savary.
À mon retour, j’ai choisi de déplacer mon regard : ne plus seulement représenter la mémoire, mais celles et ceux qui la reçoivent, la portent et la transmettront. Comment ces jeunes perçoivent-ils les traces de la barbarie nazie ? Que feront-ils de cette mémoire ?
Pendant le confinement, empêchée de peindre durant de longs mois à la suite de fractures du poignet, j’ai recherché une nouvelle forme de création. Le plexiglas s’est imposé : paroi protectrice qui nous séparait alors les uns des autres, mais aussi surface transparente, telle une fenêtre du présent ouverte sur le passé.
Sur ce matériau, j’ai transféré mes photographies des lieux de mémoire, auxquelles se mêlent les visages des absents et les silhouettes des élèves. Passé et présent se superposent, se confondent et se répondent.
 
Ce dialogue entre les temporalités s’incarne également dans les techniques utilisées : l’encaustique, technique ancienne associée aux portraits funéraires du Fayoum, rencontre la peinture aérosol du street art contemporain. Sous l’effet de la chaleur et du souffle, les images se troublent et laissent apparaître des fragments de mémoire, faits de traces, de paroles, de silences et de non-dits.
Chiffres évoquant les matricules, textes en yiddish, ombres et lumières complètent ces œuvres. Éclairés progressivement par des LED ou par la lueur vacillante de bougies, les visages disparus surgissent peu à peu. Comme si la mémoire ne pouvait se révéler qu’en éclairant les lieux par les récits et les témoignages, faisant se rencontrer le passé et le présent pour interroger notre humanité.